Chargé de lever les plans d’une grosse propriété aux environs d’Alençon, il imagine et construit un instrument qui simplifie et rend plus rapide ce travail de cadastre. Il invente aussi une machine hydraulique pour élever les eaux, alors qu’il n’a encore aucune connaissance des machines de ce genre déjà conçues. Encouragé par les notables de la région, Nicolas-Jacques Conté, jeune marié, part tenter sa chance à Paris. Il assure le quotidien avec son activité de portraitiste et suit des cours de sciences, se faisant peu à peu connaître et apprécié de ses professeurs. Ce qui lui vaut de devenir directeur de l’école aérostatique de Meudon, créée en 1793 par le Comité de Salut Public afin d’utiliser les ballons dans les opérations militaires. Il conçoit des modèles, invente des vernis imperméables, fait des expériences parfois dangereuses. L’une d’elles provoque une explosion dans laquelle Conté perd son œil gauche.

A la même époque, il participe à la création du Conservatoire des Arts et Métiers pour le dépôt des modèles, des outils et des machines et crée sa manufacture de crayons. Depuis le XVIème siècle, les crayons utilisaient des mines en plombagine, un graphite très pur extrait à Borrowdale dans le comté de Cumberland, en Angleterre. En 1794, la France subit un blocus économique et Carnot charge Conté d’inventer une mine de crayon ne nécessitant pas de matières premières étrangères. Ce dernier a l’idée de mélanger du graphite avec de l’argile, de cuire le tout et de l’enfermer entre deux demi-cylindres de bois de cèdre. En 1795, il obtient un brevet pour son invention et fonde la société Conté . L’entreprise a été rachetée par le groupe Bic en 1979.

Nommé chef de brigade d’infanterie, commandant en chef de tous les corps d’aérostiers, il quitte sa manufacture en 1798 pour participer à la campagne d’Egypte, en compagnie de nombreux savants de toutes disciplines. Il y déploie ses multiples talents et passe d’une invention à l’autre. A Alexandrie, il construit des fourneaux à boulets rouges. Au Caire, il organise des ateliers où se fabriquent l’acier, la toile, les vernis, le carton pour les ballons. L’armée manquant d’habits, Conté fait fabriquer du drap. Les ingénieurs, les chirurgiens ont besoin d’instruments ? Qu’a cela ne tienne : il les fabrique. Il fournit des lunettes aux astronomes, des loupes aux naturalistes, des crayons aux dessinateurs. Et malgré ses activités intenses et diverses, il trouve le temps de communiquer ses observations à l’Institut d’Egypte, créé au Caire par Bonaparte en 1798 et dirige plus tard la publication de « La description de l’Egypte », œuvre monumentale qui demanda dix-huit années de travail.

Il est aussi l’un des fondateurs de la Société d’encouragement pour l’industrie, créée en 1801 et réunissant savants, entrepreneurs et politiques. Une institution qui existe toujours et qui a grandement œuvré au développement industriel du XIXème siècle.

Devant un parcours si foisonnant, on peut imaginer quel inventeur Conté aurait été à notre époque !