Victor Frankenstein, l’homme qui voulut défier Dieu



Le roman de Mary Sheller, dont le titre complet est « Frankenstein ou le Prométhée moderne » est le premier à raconter la création d’un être vivant sans intervention divine, ce qui allait à l’époque à l’encontre des croyances religieuses dominantes. En voulant défier les lois de la nature et s’instaurer créateur à la place du Créateur, le Dr Frankenstein ne pouvait que donner naissance à une créature monstrueuse. Motivé par des raisons plus affectives que scientifiques, Frankenstein incarne le savant irresponsable, qui ne réfléchit pas aux conséquences de ses travaux. D’autres personnages de la littérature anglaise de l’époque, comme le Dr Jekyll ou le Dr Moreau, symbolisent également les dérives de la science moderne. Une science émergeante qui faisait peur parce qu’elle remettait en question les normes comportementales, et morales d’une société très conservatrice. Pour créer son personnage, Mary Sheller se serait en partie inspirée d’un théologien, alchimiste et médecin allemand du 18 ème siècle, Johann Conrad Dippel, qui fut accusé d’hérésie et poursuivi pour ses recherches médicales et pharmacologiques extravagantes.

Le Docteur Folamour, prototype du savant atomiste « allumé »



Les savants de l’ère nucléaire ont été également épinglés pour leur irresponsabilité éthique dans de très nombreuses œuvres, dont des centaines ont pour cadre le laboratoire national américain de Los Alamos, couvert par le secret militaire et où a été élaborée la bombe à hydrogène. Le personnage effrayant du Dr Folamour, transfuge du régime nazi, est certes loin de la personnalité d’un Albert Einstein, dont les applications destructrices de ses découvertes lui ont complètement échappé, ou d’un Robert Oppenheimer, dont les prises de position sur les risques d’une course à l’armement nucléaire en firent une victime du maccarthisme. Il est beaucoup plus proche d’un autre physicien américain de la même époque, Edward Teller, le véritable père de la bombe H, habité par la passion de la recherche, sans aucun état d’âme sur les conséquences humaines de sa funeste découverte. Le film de Stanley Kubrick est avant tout une fable politique qui caricature, en pleine guerre froide, toute une génération de savants s’affrontant par idéologie interposée et sur fond d’espionnage, en inventant les armes les plus meurtrières de l’histoire de l’humanité.